Le GPS, une méta poésie 09/08/17

Le gîte du pont de Clans est rustique, sympathique, même si des améliorations certaines pourraient être apportées au professionnalisme de l'accueil. Je découvre à l'occasion du petit déjeuner deux autres clients, des jeunes gens apparemment pensionnaires qui partent pour la journée avec leur mallette sous le bras. Que peuvent-ils bien faire dans cette vallée perdue?
8h00 l'heure du départ, je reprends la longue remontée de la vallée de la Tinée en direction du col de Restefond. 50km de montée à 2 ou 3% de moyenne dans une vallée encaissée. les sollicitations sont rares.

Ainsi ces anciennes passerelles, collées au flanc de la montagne. Elles semblent relier des poteaux télégraphiques accrochés à la falaise.

Ou encore cette dénomination bizarre des routes depuis Nice : Ni N sur fond rouge, ni D sur fond jaune, mais M sur fond bleu??? Il y a bien aussi ce pannonceau jaune qui présente une nouvelle approche évangélique mise au point par l'évéché? Il y a bien encore cet hélicoptère tirant un long cable rappelant une situation cocasse vécue il ya quelques années avec Véronique

Sinon la situation me fait penser aux " sanglots longs des violons de l'automne qui blessent mon coeur d'une langueur monotone..." (mais là, point de débarquement pour autant). La moyenne est faible, il faut garder des forces pour le col à venir. Heureusement un vent fort me pousse. La route continue, ponctuée par la recharge d'eau aux fontaines le long de la route. il fait chaud encore.

Je commence à me faire à l'idée que je devrais monter le col de Restefond (le plus haut d'Europe). Le parcours proposé par l'application "Bikemap" que j'ai téléchargé me dit que non, mais je ne vois pas d'alternative apparaître sur ma carte. C'est ce que l'on doit appeler "la poésie GPS" comme je l'ai entendu dire hier soir sur un podcast d'une émission de France Culture: "se laisser embarquer par les propositions innovantes des GPS et voir venir..."
13h00 j'arrive à St Etienne de Tinée au pied du col. Il y a 40 ans environ, j'avais avec ma famille, campé sur le terrain de foot. Les vestiaires faisaient office de bloc sanitaire. Cette année, je fais une pause au "bon accueil des motards". Les cyclistes sont aussi acceptés et plutôt bien traités, comme en atteste le plat de pâtes au pistou que me sert la patronne.
Une heure plus tard, je reprends doucement la route pensant remplir mes bidons à la fontaine proche. Un groupe d'italiens me l'indique. Je pensais ne pas avoir positionné les cales de mes pédales, résultat je chute à l'arrêt devant la fontaine, les pieds fixés aux pédales. Les italiens solidaires m'aident à me relever et à reprendre la route... C'est l'heure de la sieste.
La route se met à monter, toujours pas d'alternative. Mais après quelques km, je croise une petite route avec un col indiqué. Le GPS me dit que c'est la bonne direction. Un seul inconvénient, un panneau spécifie que pour rejoindre la route de la bonette, les 3 derniers km ne sont pas goudronnés. Ce n'est pas grave, j'ai un vélo de randonnée.

Je me lance donc, sauf que la route se met à monter fortement entre 9 et 10%. Cela durera jusqu'au sommet, mais je ne le sais pas encore (pour information, la moyenne du Restefond est 6.5%). Rapidement je commence à surveiller le niveau d'eau de mes bidons, car sur cette route apparemment pas de fontaine, de fermes ou villages... Nous entrons dans le parc du Mercantour. Bientôt les alpages font leur apparition, la route continue de monter. Je remplis mes bidons aux ruisseaux que je rencontre.

La fatigue se fait sentir, je termine la dernière partie de la montée en poussant le vélo. Et pendant ce temps, l'heure tourne inexorablement.
A plus de 2400m, j'arrive enfin au sommet. Comme indiqué la route goudronnée cesse et continue en direction de la route de la bonette que j'aperçois 2 ou 300 m au dessus. Sauf que le GPS m'indique une autre voie. Et je vois effectivement un chemin empierré qui descend rapidement dans la vallée.

"Bikemap" ne fait donc pas la distinction entre les routes et les chemins. Que faire? Continuer à monter, sachant que je sens les crampes venir? ou descendre sur une route à peine carossable pour un 4X4?
Je fais le point: j'ai une couverture de survie, ma cape a une face protection contre le froid, j'ai de l'eau, des barres alimentaires, plusieurs couches d'habits possibles... Je pourrais passer une nuit en compagnie du loup du Mercantour. J'opte donc pour l'option descente en espérant tomber sur une route avant la nuit. je me dis que passé les moraines et les alpages, le chemin devrait devenir plus carrossable. Pour le moment je peux profiter d'un magnifique paysage mis en valeur par le soleil déclinant. Même les marmottes se laissent approcher. Elles apparaissent à quelques mètres seulement devant moi.
L'anticipation était la bonne, les premiers arbres apparaissant, la route progressivement s'apaise et je peux remonter sur mon vélo. Bientôt une première construction aux formes bizarres... Sans doute des gens qui cherchent l'isolement (On ne peut pas ne pas penser au film Délivrance). Je passe mon chemin et continue ma descente. Des adeptes du camping sauvage m'indiquent un hameau à quelques km, plus bas. Puis un panneau placé sur le chemin m'annonce des chambres d'hôtes à 500m. Je suis sauvé.
Je découvre un corps de bâtiment de ce qui semble être une exploitation forestière (comme dans les "Grandes Gueules"le film tourné avec Bourvil dans les Vosges), un tipi puis un gong sur lequel frapper pour s'annoncer. L'hôtesse arrive, un peu surprise de me voir en vélo. Elle veut bien m'accueillir même si ce soir c'est l'anniversaire de sa belle-mère. Un ensemble rustique mais chaleureux. Je ne dormirai pas dehors. Il est 21h, nous sommes à 1800 m et il fait déjà froid. Je peux appeler Véronique. Il y a du réseau. les messages arrivent me demandant où je suis.

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